Alors que nous attendons le verdict du département de la justice américaine sur l’accord entre Google et les deux grandes organisations d’auteurs et d’éditeurs américains (l’Authors Guild et l’Association of American Publishers), la polémique enfle autour de la numérisation de masse que Google a entamée ces derniers mois. Alors, pour ceux qui ont raté le début, voilà les clés pour comprendre les émois causés par « l’affaire Google Books ».
Tout d’abord, revenons, pour ceux qui ont le plus de retard, sur l’outil Google Book Search. Que se cache-t-il derrière cet outil ? Quel est le véritable projet de Google ?
Google Book Search est un outil permettant de chercher des livres en ligne, d’en lire certains passages et si l’envie y est, de les acheter. Afin de rendre cet outil le plus complet possible, Google collecte et scanne des millions livres, afin de créer une base de données impressionnante, permettant notamment de faire passer à la postérité des textes anciens et rares. Le projet de Google est ni plus ni moins de devenir la bibliothèque et la librairie unique du monde entier.
Plus de 100 millions d’ouvrages sont déjà scannés, et ce, dans plus de 100 langues différentes. Google a de plus passé des accords avec des bibliothèques et des éditeurs partout dans le monde lui garantissant ainsi la possibilité d’en scanner des millions d’autres. La frénésie de numérisation de Google n’est donc pas prête de s’éteindre.
Google pense que ce projet est profitable au plus grand nombre. En effet, ce serait un moyen pour toute personne ayant une connexion Internet d’avoir accès à la culture et pour les auteurs, Google Book Search est un nouveau moyen de toucher leurs lecteurs, qui ont leurs livres à portée de clic. Enfin, Google fournira un accès gratuit à cette gigantesque base de données aux écoles publiques et aux universités, ce qui leur assure l’appui de l’Education et de beaucoup d’associations.
Alors pourquoi Google Book Search est-il critiqué ?
Le véritable danger du projet de Google est qu’il pourrait, à long terme, acquérir un monopole culturel et pouvoir restreindre l’accès au contenu s’il le souhaite.
En effet, les éditeurs et auteurs qui ont accepté de faire scanner leurs livres par Google ne sont pas autorisés à vendre les droits pour faire numériser leurs livres à d’autres entreprises. Et d’autre part, il paraît bien évident que Google favoriserait la vente des livres via son outil Google Book Search par rapport aux autres sites sur lesquels on peut les acheter ou les consulter.
Google profiterait également du fait que certains droits d’auteur en ligne soient un peu flous : notamment les différences de copyright entre les pays (par exemple aux Etats-Unis, tout ouvrage est libre de droit s’il a été écrit avant 1923 alors qu’en France, c’est avant 1870).
Autre problème : les livres dits « orphelins », c’est à dire qu’on ne sait pas à qui reviennent les droits d’auteurs (dispute entre différentes personnes pour l’appropriation des droits ou auteur inconnu).
Alors, quel droit préconiser ? Le français ? L’américain ? Pourquoi se soucier des droits d’un livre quand l’auteur est inconnu ? Google ne se pose apparemment plus ces questions puisqu’ils sont actuellement en procès avec de nombreux auteurs et maisons d’édition pour numérisation de milliers de livres sans autorisation aucune.
Quoi qu’il en soit, le détracteur le plus convaincu de Google Book Search reste définitivement l’Open Book Alliance, qui fait partie des adeptes de la théorie que Google pourrait devenir la seule référence en termes de contenus culturels. La coalition ne cesse de recueillir de nouveaux membres puisque Microsoft, Yahoo ! et Amazon, directement inquiété, viennent de rejoindre leurs rangs.
Finissons cet article avec les - plus ou moins – dernières nouvelles sur le sujet.
En octobre 2008, Google a passé un accord avec deux des plus grandes organisations d’auteurs et éditeurs américains (l’Authors Guild et l’Association of American Publishers) pour 125 millions de dollars, l’autorisant à poursuivre la numérisation des livres. D’autre part, l’accord assure aux auteurs et éditeurs faisant partie de l’AG et de l’AAP 63% des revenus générés par Google Book Search.
Comme je le disais plus haut, le département de justice américain est actuellement en pleine enquête pour savoir si cet accord ne viole pas les lois anti-trust, ce qui prouve que les craintes de monopole que pourrait obtenir Google sont bien fondées.
Enfin, effort à souligner, le mois dernier Google a conclu un accord avec la Commission européenne stipulant que les ouvrages épuisés ou plus publiés aux Etats-Unis mais toujours publiés en Europe, ne peuvent être numérisés sans autorisation, ce qui n’était pas le cas avant.


